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La bonne exposition existe-t-elle ?

10/11/2008 | Volker Gilbert

Commencez par bien connaître votre appareil photo numérique. Certains photographes qui en changent tous les mois, en quête de performances toujours plus élevées, n’apprennent probablement jamais à bien exploiter tout le potentiel de leur boîtier, y compris le comportement de la cellule face à divers sujets. Il est donc parfois plus intéressant de garder son appareil pendant deux, voire trois années, le temps d’en maîtriser toutes les fonctions, que d’apprivoiser un nouveau boîtier une ou deux fois par an.

N’hésitez pas à utiliser un des vestiges de la photographie argentique : un posemètre/flashmètre est toujours aussi utile et possède une grande valeur pédagogique ! Toutes les astuces du temps de la photo argentique sont toujours valides : cadrez un ciel bleu pour obtenir de la neige blanche, le creux de votre main associé à une correction d’un diaphragme pour bien exposer un paysage, le ciel à contre-jour pour un coucher de soleil…
Fiez-vous d’abord aux techniques d’exposition éprouvées, puis consultez votre histogramme. Suivant votre appareil, le style d’image choisi, le réglage du contraste et de la balance des blancs, vous disposez d’une marge de surexposition plus ou moins importante pour déplacer les pixels de l’histogramme vers la droite. Activez les témoins d’écrêtage de votre appareil pour afficher les zones sur ou sous-exposées.

Avec un tel sujet, l‘écrêtage est inévitable, à la fois pour les hautes lumières et pour les rouges très saturés – il ne restait plus aucune marge de manœuvre pour l’exposition.

Si celles-ci n’affectent que les parties les plus saturées de votre image, vous n’avez aucune raison de modifier l’exposition, s’agissant d’un écrêtage des couleurs. Si vous travaillez au format Jpeg, vous pouvez choisir un espace de travail plus large (Adobe RVB) ou modifier les paramètres pour la saturation des couleurs, le contraste et le style d’image du menu. Si vous travaillez au format Raw, vous pouvez ignorer le clignotement des zones sursaturées : dans votre logiciel de développement Raw, il suffit de choisir un espace de travail de dimensions généreuses (ProPhoto RVB, ECI-RVB) pour faire disparaître l’écrêtage.

- Si l’écrêtage survient dans les parties très claires ou très sombres de votre image, vous devez interpréter le contraste de la scène et définir vos priorités. Si seules les hautes lumières spéculaires sont écrêtées (reflets sur des parties métalliques ou sur l’eau), vous pouvez ignorer l’écrêtage : un changement de l’exposition (sous-exposition) ruinerait facilement votre image. Réfléchissez également à une manière de déboucher les parties les plus sombres de votre photo (réflecteur, flash…) pour mieux maîtriser le contraste global.

Inutile de vouloir remédier à l‘écrêtage des lumières spéculaires (reflets métalliques), vous risqueriez la destruction de l’image.

- Si l’histogramme ne s’étend pas sur l’intégralité de la gamme, le contraste de votre scène est probablement inférieur à l’étendue dynamique de votre appareil. A vous de définir ce que vous souhaitez exprimer à travers de votre image : il n’est pas forcement nécessaire de compenser l’exposition d’une photo de paysage embrumé.

Paysage dans la brume. L’histogramme est ici amputé des tons les plus clairs, mais j’ai volontairement surexposée l‘image (exposée à droite) pour limiter une montée de grain dans les tons moyens, dominants.

Aussi importantes soient-ils en théorie, les bénéfices de l’exposition à droite ne sont pas toujours là ou on le croit :

- La plupart des articles et ouvrages traitant de l’exposition à droite et de la capture linéaire citent la postérisation comme un des périls les plus inquiétants de la capture linéaire. Or, celle-ci n’affecte jamais les fichiers Raw et seul un traitement volontairement inepte pourrait les produire. Le bruit numérique est le véritable enjeu de l’exposition à droite : plus vous surexposez votre image (sans pour autant écrêter les hautes lumières), plus vous en éloignez les informations des tons foncés qui souffrent habituellement du niveau de bruit le plus élevé. La surexposition contrôlée augmente ainsi le rapport signal/bruit de votre capteur, qui est plus important dans les parties les plus abondamment exposées.

- Bien évidemment, la notion d’indice de lumination (IL) est à prendre avec des pincettes : chaque capteur se comporte différemment et il y a de fortes chances que le premier IL et les suivants comprennent des niveaux dont le nombre diffère de celui véhiculé par les livres et les articles…

- Il ne faut pas écarter l’influence du bruit photonique. Celui-ci est inhérent à la lumière et toujours présent quel que soit le capteur utilisé. Il est strictement proportionnel à l’exposition, ses méfaits augmentent donc lorsque vous “ exposez à droite ”. Dans les hautes lumières et à sensibilité élevée, l’augmentation du bruit photonique suit celle de la sensibilité : si vous sous-exposez une image d’un diaphragme, puis lui appliquez une correction dans votre logiciel de développement Raw, le résultat sera parfois comparable à celui d’une autre image “ correctement ” exposée. En revanche, dans les basses lumières et à sensibilité peu élevée, l’augmentation du bruit est moins importante : il est ainsi nettement plus intéressant de bien exposer que de rattraper une image sous-exposée d’un diaphragme. Exposer à droite est donc particulièrement efficace lorsque vous travaillez aux sensibilités les moins élevées (photos posées sur pied et/ou prises dans des bonnes conditions d’éclairage) ou lorsque votre sujet photographié comporte de nombreuses zones sombres, y compris à des sensibilités très élevées.

- La latitude d’exposition de votre capteur est inversement proportionnelle à la sensibilité ; utilisez le plus souvent possible la sensibilité la moins élevée, vous bénéficierez d’une dynamique plus large, avec des hautes lumières et des tons foncés plus détaillés et des détails plus nets, car de nombreux logiciels appliquent une réduction du bruit en amont qui détruit souvent les plus petits détails d’une photo.

- Afin d’obtenir le couple diaphragme-vitesse d’obturation souhaité, vous pouvez souvent augmenter la sensibilité sans pour autant craindre une montée de bruit. C’est paradoxal, mais ainsi vous déplacez l’histogramme vers la droite ce qui correspond à pratiquer l’exposition à droite !

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