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Fujifilm X-Pro3 : un « Classic » en titane

23/10/2019 | Benjamin Favier

Annoncé le 20 septembre dernier, le X-Pro3 est officiellement lancé aujourd’hui. Le successeur du X-Pro2 reprend les principales caractéristiques du X-T3. Il garde pour lui son viseur hybride, et il est désormais proposé en trois déclinaisons, poussant même un peu plus loin la dimension « rétro », avec un LCD singulier. Toujours sans stabilisation.

Présentation

C’est lors du X Summit (à voir en vidéo sur YouTube, en anglais), événement organisé par Fujifilm dans le quartier de Shibuya, à Tokyo, que le développement du X-Pro3 a été annoncé. Un prototype a été dévoilé, tandis que des détails sur la construction ont été divulgués à cette occasion. Nous avons notamment appris que le titane faisait partie des matériaux utilisés, comme sur le Fujifilm TX-1, sorti en 1998, appareil jumeau du Hasselblad X-Pan, fruit d’une collaboration avec la marque suédoise. Nous en savons un peu plus. Seuls le capot supérieur et la semelle de l’appareil sont conçus en titane, matériau particulièrement difficile à travailler (Fujifilm a confié cette partie à une usine spécialisée).

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Les trois versions du X-Pro3.

Le boîtier est lui construit en alliage de magnésium. Une nuance toutefois, puisque deux modèles, parmi les trois versions du X-Pro3 proposées, bénéficient en plus d’un revêtement Duractect, appliqué sur les parties en titane : particulièrement lisse, il se révèle très résistant contre les rayures. Quelle que soit la version (noir, Dura noir ou argent), le X-Pro3 pèse 497 g, contre 539 g (poids avec accu et SD) pour le X-T3.

La stabilisation en salle d’attente

À l’issue de la conférence du 20 septembre, parmi les questions qui restaient en suspens, une figurait en tête de liste : stabilisation, ou pas ? Après que Fujifilm l’a intégrée dans le X-H1, boîtier dédié à la vidéo, et plus récemment dans le GFX100, boîtier phare de sa gamme moyen-format, nous nous demandions si le X-Pro3 allait y avoir droit.

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Toujours pas de stabilisation en interne sur la série X-Pro…

D’autant que de nombreuses optiques Fujinon XF ne sont pas stabilisées OIS. La réponse, hélas, est négative. Fujifilm nous a cependant bien confirmé que les ingénieurs travaillent dans ce sens. Mais ils tiennent absolument à intégrer le système IBIS « maison » et n’ont pas encore trouvé la bonne formule pour maintenir une compacité acceptable, au regard des X-T et X-Pro actuels. Il ne serait ainsi pas surprenant que les successeurs des X-T30, X-T3 et X-Pro3 en soient pourvus…

Visée hybride reconduite

Depuis le X100 (il y a bientôt dix ans…) et le X-Pro1 (sorti en 2012), Fujifilm se démarque de la concurrence avec une visée « hybride », au choix optique ou électronique. Bien que la suppression de l’OVF se soit posée, au cours du développement, nous a glissé Fujifilm, le X-Pro3 perpétue cette tradition. Plus lumineuse, la visée optique offre aussi un angle de champ plus large (27°), et la couverture n’est plus de 90 %, mais d’environ 95%.

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En haut le X-Pro2, en bas le X-Pro3. La molette avant sur le X-Pro3 n’est plus « cliquable » et le grip a été légèrement redessiné. Photo BF

Dans le coin inférieur droit, un mini afficheur électronique est toujours disponible. Du côté du viseur électronique, la définition progresse logiquement, par rapport au X-Pro2. Il ne s’agit pas de l’EVF Oled de 5,78 Mpts, à l’œuvre sur le GFX100, mais d’un Oled de 3,69 Mpts, comme sur le X-T3, avec un gamut plus étendu (sRVB 97%) et un taux de rafraîchissement de 100 im/s, accompagné d’une fonction de réduction les flous de bougé. Mais avec un grossissement inférieur (0,66x) et un dégagement oculaire de 16,8 mm (23 mm sur le X-T3).

Nouveau concept d’écran

Néanmoins, en matière de visée, c’est surtout l’écran LCD, qui fait le plus parler, depuis que le prototype a été dévoilé. Au lieu de le placer sur le capot supérieur, comme c’est le cas de nombreux reflex (et certains hybrides) experts, Fujifilm a logé un mini LCD de rappel au dos… de l’écran LCD de 3 pouces et 1,62 Mpts, qui se retrouve plaqué contre le boîtier.

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En haut le X-Pro2, en bas, le X-Pro3. On note, outre le nouveau concept de LCD « caché », la disparition du trèfle sur le X-Pro3. Photo BF

Pour y accéder, il suffit de faire pivoter l’écran, désormais tactile (ce n’était pas le cas sur les deux premiers X-Pro), jusqu’à 180° au besoin. Sur le mini LCD, on pourra afficher, au choix, les réglages classiques liés à la prise de vue, ou bien le mode de simulation de film actif, accompagné de la sensibilité Iso. D’ailleurs, le mode Classic Neg. investit la liste, aux côtés des Astia, Provia, Velvia, Acros, Classic Chrome, etc. Ainsi que le mode noir et blanc « Monochromatic Color ». Nous reviendrons en détail sur ces nouveautés et les comparerons aux autres modes de simulation de films au cours de notre test.

Cmos X-Trans IV

Pas de surprise au niveau du capteur et du processeur. On retrouve le Cmos BSI Trans IV de 26 Mpxl, au format APS-C, ainsi que le X-Processor 4, à l’œuvre dans les X-T3 et X-T30. Nouveauté toutefois, il sera possible, sur le X-Pro3, de générer des fichiers Tiff (8 ou 16 bits), dans les menus. Fidèle à sa politique, à chaque sortie de boîtier de même génération, Fujifilm a annoncé une mise à jour de firmware à venir pour les X-T30 et X-T3, peut-être que cette option figurera parmi les évolutions.
En revanche, les points suivants devraient être au programme de ces mises à jour.

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Le trèfle a disparu, mais on pilotera les collimateurs AF via le joystick (apparu sur le X-Pro2).

Sur le X-Pro3, la sensibilité de l’AF (le même AF hybride à détection de phase et de contraste sur 425 points embarqué dans les X-T3/X-T30) passe à -6 IL. Il sera en outre possible de limiter la mise au point à une plage définie par l’utilisateur. La réactivité au déclenchement serait plus rapide. Enfin, il sera possible d’accéder à un mode HDR 800 %, tandis que la fonction d’exposition multiple serait plus aboutie. On trouve une fonction de bracketing de mise au point, dont la mise en œuvre est facilitée par la définition d’un point A et d’un point B, avec le calcul automatique du nombre de photos idéales. Mais l’assemblage passe toujours par la voie logicielle.

AF, en terrain connu

Du point de vue des performances en rafale, le X-Pro3 joue dans la même catégorie que le X-T3. Avec l’obturateur mécanique, la cadence atteint 11 im/s, avec la capacité d’engranger 145 Jpeg, 42 Raw en compression sans perte ou 36 Raw non compressés ; en mode électronique, on peut au choix opter pour 20 im/s (79 Jpeg, 36 Raw compression sans perte, 34 Raw non compressés), voire 30 im/s, avec recadrage 1,25x (60 Jpeg, 35 Raw compression sans perte, 33 Raw non compressés). Le stockage des données passe toujours par deux ports SD UHS-II.

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Le X-Pro3 (à gauche), souffre de la comparaison avec le X-Pro2 quand on ouvre le volet connectique : le port HDMI et la prise synchro X ont disparu. Photo BF

La vidéo, si elle n’est pas a priori le point fort de la gamme X-Pro (aucune touche Rec apparente, suppression de la sortie HDMI), n’est pour autant pas oubliée en interne. Le X-Pro2 avait d’ailleurs accédé à la définition 4K UHD via une spectaculaire mise à jour de firmware. Sur le X-Pro3, on pourra tourner en 4K UHD ou DCI à 50 im/s, et accéder au slow motion à 100 im/s. Comme sur le X-T3. En revanche, s’il sera possible de brancher un micro externe. Il n’y a pas de prise casque, mais le sigle casque figure en regard de la sortie USB-C, on pourra donc solliciter cette sortie avec un casque compatible.

Flash et chargeur…

Ce n’est pas une surprise, le X-Pro3, dans la lignée de ses deux prédécesseurs, ne dispose pas de flash. Et comme c’était déjà le cas avec eux, le petit modèle externe EF-X8, livré avec les X-T, ne figure toujours pas dans la boîte. Dommage, car en plus d’être protégé contre les intempéries, ce flash peut faire office de flash maître, dans une configuration sans fil. Plus gênant – et surprenant, de la part de Fujifilm – le chargeur d’accus BC-W126s devient optionnel. La marque partant du principe que la recharge via la sortie USB-C/USB 3.1 Gen 1 suffit. Pourtant, quand on possède plusieurs accus, il est toujours intéressant d’avoir un chargeur à disposition. À ce propos, c’est bien l’accu NP-W126S (370 vues avec EVF ; 440 avec OVF selon les normes CIPA). Les fonctions WiFi et Bluetooth communiquent avec l’application Camera Remote.

Le X-Pro3 sera disponible à la vente fin novembre, nu, aux prix de 1899 € (version noire) et 2099 € (versions noire et argent Duratect).

- Le site de Fujifilm

Premier avis

Le X-Pro3 se pare en toute logique des principales caractéristiques des X-T3 et X-T30. Tout en conservant ce qui fait sa marque de fabrique, un viseur hybride, qui progresse à la fois sur le versant optique (OVF) et électronique (EVF), par rapport au X-Pro2, sorti en 2016. Présenté comme un boîtier résolument orienté vers la photo, le X-Pro3 dispose malgré tout de fonctions vidéo avancées. Reste que le nouvel écran arrière n’incite pas vraiment à filmer, de prime abord !

Le clin d’œil aux nostalgiques de l’ère argentique plaira sans aucun doute à la cible de cet appareil. Après tout, ce sont les X100 et X-Pro1 (avec les X-E, abandonnés depuis), qui ont mis les Fujifilm X sur les rails, grâce à un design rétro un viseur hybride déporté sur le côté. En optant pour un LCD dissimulé, la marque va donc un peu plus loin dans ce domaine. En attendant de tester le X-Pro3 en situation, il est toujours bienvenu de disposer d’un écran de rappel de réglages (Sony s’y refuse toujours sur les A9 et A7). Et le fait de pouvoir articuler l’écran est un plus, par rapport aux deux précédents X-Pro.

Reste le principal grief adressé aux hybrides APS-C Fujifilm ces dernières années – le X-H1 constituant une exception. Nous attendons toujours l’arrivée de la stabilisation au sein des boîtiers. Son apport serait aussi précieux en photo qu’en vidéo, par exemple avec la belle série de focales fixes compactes WR (XF 16 mm f/2,8 ainsi que les XF 23 mm, 35 et 50 mm f/2), aucune n’étant stabilisée. Il faudra encore patienter. Enfin, l’absence de chargeur et de flash (ne serait-ce que par rapport au X-T3) est regrettable. Le X-Pro3 devrait néanmoins séduire les reporters à la recherche d’un appareil solidement construit et discret, ainsi que les nostalgiques de la visée au télémètre (un stigmomètre numérique est disponible), sachant qu’en mode OVF, on peut voir ce qui est susceptible de « rentrer » dans le champ avant de déclencher. Les X-Pro font partie de ces appareils imparfaits, au charme indéniable…

Fiche technique

  • Capteur : X-Trans Cmos IV 23,5 x 15,6 mm, format 3/2, 26,1 Mpxl
  • Définition maxi. : [3/2] 6 240 × 4 160 [16/9] 6 240 × 3 512 [1/1] 4 160 x 4 160
  • Définition vidéo. : DCI 4K et UHD 4K (60p, 50p, 30p, 25p, 24p), Full HD (120p, 100p, 60p, 50p, 30p, 25p, 24p)
  • Monture : Fujifilm X, coeff. 1,5x
  • Stabilisateur : -
  • Tropicalisation : oui
  • Sensibilité : 160 - 12 800 Iso (80-51 200 Iso)
  • Formats de fichiers : Jpeg, Raf (14 bits), Tiff (8 ou 16 bits), Mov (ALL-I et Gop ; H264, H265)
  • Mise au point : autofocus hybride (contraste et phase) ; modes Zones AF et Large/Suivi sur 425 points ; mise au point manuelle (avec focus peaking) ; détection visage et œil ; sensibilité - 6 IL
  • Mesure de l’exposition : multizone (256), moyenne, pondérée centrale, ponctuelle
  • Compensation d’exposition IL : +/-5 IL par 1/3
  • Vitesses : 1/8 000s – 15 mn ; 1/32 000s – 15 mn (électronique) ; 1/32 000s - 15 mn (électronique + mécanique) ; synchro flash 1/250e
  • Modes d’exposition : PSAM
  • Modes Rafale : 30 im/s en obturation électronique avec recadrage 1,25x (60 Jpeg, 35 Raw compression sans perte, 33 Raw non compressés) ; 20 im/s en obturation électronique (79 Jpeg, 36 Raw compression sans perte, 34 Raw non compressés) ; 11 im/s en obt. mécanique (145 Jpeg, 42 Raw compression sans perte, 36 Raw non compressés)
  • Divers photo : modes Film (Astia, Provia, Velvia, Classic Chrome, Classic Neg., Eterna, Acros, Pro neg. Hi, Pro neg. Std., N&B avec ou sans filtre, sépia, Effet de grain), ajustement teinte (Acros et Monochrome), plage dynamique, filtres créatifs, intervallomètre, exposition multiple, panorama
  • Balance des blancs : auto, préréglée (7), manuel (3), K
  • Flash : -
  • Prise flash : sabot et prise de studio
  • Visée : Hybride ; 95 % optique, grossissement 0,52x ; Oled 3,69 Mpts, 100 %, grossissement 0,66x, dégagement 16,8 mm
  • Moniteur : LCD 3 pouces /1,62 Mpts tactile et inclinable à 180° vers le bas
  • Moniteur secondaire : LCD 1,28 pouces, format 1:1
  • Stockage : 2 x SDXC/UHS II
  • Interfaces : USB-C/USB 3.1 Gen 1, micro 3,5 mm
  • WiFi/Bluetooth/GPS : IEEE802.11b g n/4.2/-
  • Personnalisation : molettes, touches, configurations utilisateur, menu personnel
  • Alimentation : 1 accu Li-Ion NP-W126S (370 vues avec EVF ; 440 avec OVF selon les normes CIPA)
  • Accessoires fournis : Dragonne, câble USB, accu
  • Dimensions/poids : 140,5 x 82,8 x 46,1 mm/497 g (avec accu et SD)

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Messages

  • Radical. C’est le 1er mot qui me vient a l’esprit.
    Il ne rejoindra pas mon sac photo, mais je salue Fuji qui sort un peu des sentiers battus et de la course aux spec. J’espère qu’il trouvera son public vs le X-T3 ayant moins de compromis.

  • A ce prix on aurait quand même apprécié un capteur stabilisé. Le bracketing, pourquoi pas, mais j’ai le sentiment qu’on perd la main en revenant vers du tout automatique, même si les fonctions annoncées donneront probablement un résultat très correct.
    Philou - https://photo-pedago.fr

  • Je trouve dommage que Fuji conçoive autant avec l’aide de leur bureau de marketing, pourquoi un boitier aussi gros (surtout avec un 35 f2), pourquoi un tel choix pour l’écran.
    Et l’absence de stabilisation capteur, ce n’est pas cause de la place que cela occupe dans un tel boitier, ni du prix de vente.
    Et c’est aussi un boitier image, avec un viseur qui me fait rêver.
    Il devrait trouver des clients.

  • Pas de chargeur, quelle bassesse commerciale ! Bon autofocus, mais qualitativement l’image ne fait pas un grand bond , confer V1 a V2. Seule la stabilisation le permettra notablement. Ici c’est un coup commercial, j’attendrai une autre version, je reste sur ma faim et continu avec le pro2 + SES chargeurs si pratiques.

  • Ce boitier est magnifique (comme souvent chez Fujifilm) mais il y a une faute de gout : l’épaisseur du cadre du mini écran LCD.

  • Bonjour.
    Très bel appareil, très bien construit. Les regrets ?...écran masqué et doté d’un plus petit qui est à reléguer au rang de "gadgets". L’écran principal devrait être fixe et non tactile. La fonction vidéo ne devrait pas exister...seul la photo devrait avoir sa place dans ce type de boitier. Disparition du trèfle...dommage ! A la place il aurait été préférable d’y mettre une roue codeuse comme sur les Canon haut de gamme. Pour ce qui est de l’absence de stabilisation du boitier...pas nécessaire dans la mesure où l’acquéreur de ce type de boitier s’orientera plutôt vers des optiques haut de gamme donc stabilisés (pour les courtes focales...pas utile)...sinon je ne vois pas l’intérêt d’un tel achat. Bravo pour les matériaux utilisés...le titane par exemple...